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Aix, Jas de Bouffan : la bastide où Cézanne peignait à même le plâtre

22 octobre 2026 — La rédaction 1894 Property

Aix, Jas de Bouffan : la bastide où Cézanne peignait à même le plâtre

Au Jas de Bouffan, l'eau circule de nouveau. Les bassins ont été remis en eau, les fontaines coulent, et le réseau hydraulique qui irriguait quatorze hectares de vignes au milieu du XIXe siècle fait partie, à égalité avec les murs, de ce que l'État protège depuis 2001. À Aix-en-Provence, la bastide où Paul Cézanne a vécu quarante ans a rouvert au public le 4 juillet, après deux hivers de travaux. La saison se referme le 31 octobre.

Entre les deux dates, le visiteur découvre une maison provençale qui n'a pas été transformée en musée. C'est sans doute ce qui la rend intéressante pour qui s'intéresse à l'architecture domestique de la région : on y lit une bastide, ses proportions, ses enduits, ses gypseries, son rapport au parc. Et, par-dessus, les traces d'un peintre qui s'est servi des murs de son père comme d'une toile.

Un banquier achète quatorze hectares de vignes

La maison est une demeure du XVIIIe siècle, de ce type aixois que l'on appelle bastide : un corps de bâtiment régulier, sans emphase, posé au milieu de ses terres et tourné vers son allée. En 1859, Louis-Auguste Cézanne, banquier à Aix, l'acquiert avec ses terres, environ quatorze hectares plantés surtout de vignes. Son fils Paul a vingt ans.

La famille garde le domaine jusqu'en 1899. À la mort du père en octobre 1886, Paul partage la propriété avec ses sœurs Marie et Rose ; après la disparition de leur mère en octobre 1897, Rose réclame sa part et le Jas est vendu à la famille Granel-Corsy. Du domaine d'origine, cinq hectares subsistent aujourd'hui, pour l'essentiel dans leur dessin ancien : l'allée, les bassins, l'orangerie vitrée, la ferme.

Ce sont ces cinq hectares que la Ville d'Aix a décidé en 2017 de constituer en site cézannien, maison, parc et ferme comprises, avec le concours de la Direction régionale des affaires culturelles et de la Région Sud.

Neuf panneaux peints à même le plâtre

L'épisode qui a rendu la maison célèbre tient en une concession paternelle : le fils a eu le droit de peindre sur les murs du grand salon. Il y a réalisé, dans les années 1860, neuf grands panneaux appliqués directement sur le plâtre — des allégories féminines des Quatre Saisons dans l'alcôve, un portrait du père assis, puis des paysages et des copies d'après les maîtres.

Ces panneaux ne sont plus là. Lors de la vente de 1899, ils ont été détachés des murs, et plusieurs ont été transposés sur toile après la mort du peintre. On en compte aujourd'hui vingt-deux fragments, dispersés : les Quatre Saisons au Petit Palais à Paris, un Baigneur au rocher au Chrysler Museum of Art de Norfolk, en Virginie. Le grand salon du Jas est donc une pièce dont le décor a émigré.

Sauf qu'il en restait. En août 2023, des sondages menés avant travaux ont mis au jour, sur le mur est, un fragment de cinq à six mètres carrés qui avait échappé au dépeçage. Les spécialistes de la Société Paul Cézanne l'ont baptisé l'Entrée de port et y voient probablement le premier panneau peint dans la maison — une hypothèse qui déplace la chronologie admise de l'ensemble.

Le grand salon du Jas est une pièce dont le décor a émigré.

Un classement qui protège l'eau autant que les murs

L'arrêté du 8 mars 2001 classe au titre des monuments historiques la bastide et son parc en totalité. La formulation mérite d'être lue dans le détail, parce qu'elle est inhabituellement large : sont nommément protégés les bassins, le système hydraulique, les statues, les fontaines, les grilles, les portails et le mur de clôture. Autrement dit, l'État a considéré que l'intérêt du lieu n'était pas seulement dans ses façades, mais dans la manière dont un domaine provençal organise son eau, ses limites et ses perspectives.

Cette logique a commandé le chantier. Une première phase, conduite par Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, a porté sur le bâtiment principal et le parc et s'est achevée en 2020. La seconde a traité les dépendances et l'accueil : réhabilitation de la bastide elle-même, de l'orangerie vitrée et de la ferme, où doit prendre place un auditorium, construction d'un bâtiment neuf pour la billetterie, remise en état du grand parc avec des espèces présentes à l'époque. Deux ans de travaux, environ treize millions d'euros pour le seul Jas de Bouffan, plus de trois millions pour l'atelier des Lauves, et plus de vingt millions au total si l'on y ajoute la reconstitution des collections et l'organisation de la saison 2025.

Ce que les sondages ont trouvé sous les papiers

Un chantier de restauration sur une maison habitée pendant deux siècles produit toujours des surprises, et celles du Jas sont d'un genre précis : elles concernent les surfaces.

Au rez-de-chaussée, la cuisine a été restaurée. Au plafond du grand salon, l'examen scientifique des gypseries a révélé un médaillon peint à l'époque de Cézanne. Au premier étage, trois chambres ont livré leurs papiers peints du XIXe siècle, jusque-là masqués ; l'une d'elles est rattachée à la Femme à la cafetière. La chambre dite Léda a retrouvé des gypseries sculptées du XVIIIe siècle, sur le thème de Léda et le cygne. Au dernier étage, l'atelier que le peintre occupait sous les toits dans les années 1880 a été reconstitué.

Dehors, les bassins et les fontaines ont été remis en eau, et des chevalets disposés dans le parc replacent certaines œuvres devant le motif qui les a produites. À l'atelier des Lauves, à l'autre bout de la ville, le rez-de-chaussée est ouvert pour la première fois dans son intégralité, avec des vêtements et des objets ayant appartenu au peintre, et une oliveraie a été replantée pour retrouver le paysage qu'il regardait.

Ce que l'année Cézanne a déplacé à Aix

Les chiffres de 2025 donnent la mesure de l'opération. L'exposition Cezanne au Jas de Bouffan, présentée au musée Granet du 28 juin au 12 octobre sur près de mille mètres carrés, réunissait cent trente-cinq œuvres, dont une centaine de prêts étrangers ; au 3 octobre, elle avait vendu 308 600 billets. La bastide avait accueilli 51 300 visiteurs, l'atelier 35 000. Le public était français à 78 %, dont plus d'un tiers venu de Provence-Alpes-Côte d'Azur, et étranger à 22 %, en premier lieu des États-Unis, du Royaume-Uni, d'Allemagne, d'Italie et de Belgique.

Les effets sur la ville ont été mesurés : fréquentation touristique en hausse de 5 % en août sur un an, prix hôteliers relevés de 7 % pour une nuitée moyenne d'environ 126 euros, réservations en progression de 5 % dans les trois étoiles. La bastide a refermé le 2 novembre 2025 pour une nouvelle tranche de travaux, et la Ville a fait succéder à « Cézanne 2025 » une saison intitulée « Cézanne chez lui », du 4 juillet au 31 octobre, sur réservation obligatoire.

Reste, au-delà du calendrier, un enseignement d'architecture. Le Jas de Bouffan n'est pas une villa d'auteur ni un manifeste : c'est un domaine agricole devenu maison de famille, dont la valeur tient à la cohérence d'un ensemble — le bâti, l'allée, l'eau, les arbres — et à la patience avec laquelle on l'a remise en état plutôt que réinventée. C'est aussi ce qui fait la valeur durable des bastides et domaines provençaux que 1894 Property présente.

Sources : Musée Granet, dossier de presse « Cezanne au Jas de Bouffan » ; Ministère de la Culture, Direction régionale des affaires culturelles Provence-Alpes-Côte d'Azur, liste des protections au titre des monuments historiques des Bouches-du-Rhône ; Gomet', « A Aix, la bastide du Jas de Bouffan se projette en complexe dédié à Cézanne » et « Cézanne : Aix rouvre deux sites majeurs de l'artiste » ; Made in Marseille, « Jas de Bouffan, atelier des Lauves, Aix en chantier pour une année Cézanne inédite » et « Avec son année Cezanne 2025, Aix-en-Provence bat des records d'affluence ».

— Photo : Terry Granger / Unsplash