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Marseille, Maison Empereur : deux siècles d'objets de la maison

7 octobre 2026 — La rédaction 1894 Property

Marseille, Maison Empereur : deux siècles d'objets de la maison

Il faut pousser une porte à l'angle de la rue des Récolettes, là où le cours Saint-Louis s'achève et où Noailles commence, pour comprendre ce que Marseille a fait de l'objet domestique. Derrière la vitrine, des balais de genêt voisinent avec des cocottes en fonte, des moules à gâteaux, des ciseaux de tailleur, des savons coupés au fil, des brosses en soie de porc. Rien n'y est mis en scène comme un décor : tout y est rangé comme dans un entrepôt où l'on saurait exactement ce que l'on cherche. La Maison Empereur, treize cents mètres carrés et plus de cinquante mille références, est la plus ancienne quincaillerie de France. En deux siècles, elle n'a jamais déménagé loin.

Un commerce né avec le centre moderne

L'affaire naît en 1827, place de la Bourse, sous l'enseigne d'un marchand nommé Eugène Bolfras. Marseille s'ouvre alors : la Canebière, percée en 1666, structure peu à peu un quartier de négoce où l'on vend du fer, de l'outil, du ménage, à portée des quais. Le fonds passe aux mains de François Empereur, taillandier — celui qui forge lames et outils tranchants — et le nom, lui, ne bougera plus. En 1845, la boutique s'installe rue d'Aubagne, à l'orée de Noailles. Elle y est encore, entrée principale au 4 de la rue des Récolettes.

En 1862, Louis Empereur adjoint au commerce des ateliers de quincaillerie : on ne se contente plus de vendre, on façonne et on répare. Alfred Empereur prend la suite, puis la lignée se poursuit par les gendres, selon l'usage des maisons de négoce provençales. En 1960, Roger Renaux ouvre un département d'armurerie ; tireur lui-même, il participera aux Jeux olympiques de Munich en 1972. Aujourd'hui, Laurence Guez, septième génération de descendants de François Empereur, dirige la maison. L'exception n'est pas seulement la longévité : c'est qu'en deux cents ans, le commerce n'a jamais changé de métier.

Les dates de succession se lisent comme un registre de commerce : Paul Renaux, gendre de la maison, en 1922 ; Roger et Jeanne Renaux à partir de 1960 ; Laurence en 2000. À chaque passage de main, la gamme s'est élargie sans jamais se renier — quincaillerie et outillage d'abord, puis serrurerie, armurerie, articles ménagers, chauffage, et enfin tout ce que l'on appelle aujourd'hui les arts de vivre. Cette sédimentation explique l'étrangeté heureuse des rayons, où un jeu de clés plates jouxte un service de table en grès et une paire de sabots de jardin.

Le quartier, lui, n'a pas changé de fonction. Noailles doit son nom à Jacques de Noailles, lieutenant des galères sous Louis XIV. On l'appelle le ventre de Marseille : le marché des Capucins, installé en 1956 sur l'emprise d'un couvent fondé en 1665, y tient boutique à ciel ouvert six jours sur sept. Une quincaillerie de ce calibre n'aurait pas pu naître ailleurs qu'au bord d'un marché.

Cinquante mille références, deux cents manufactures

Ce qui frappe, dans les rayons, n'est pas l'abondance : c'est la provenance. La maison revendique plus de deux cents manufactures françaises et européennes historiques — verreries, couteliers, fondeurs, brossiers, faïenciers, tourneurs sur bois, savonneries. Les savons de Marseille y sont ceux des quatre savonneries de la ville encore en activité, et non des pains estampillés fabriqués ailleurs. Vêtements de travail, jouets de bois, coutellerie, cuivres, vannerie, parfums et soins occupent chacun leur territoire sur deux niveaux, dont une partie est tenue en espace muséal, en accès libre. Les vendeurs portent une veste de travail bleue et conseillent : on y entre pour une pièce de rechange de moulin à café et l'on en ressort avec une réponse.

C'est un parti pris autant qu'un modèle économique. Vendre un objet réparable suppose de tenir le stock de ses pièces, d'entretenir la relation avec l'atelier qui continue de les produire, d'accepter des rotations lentes et des références qui dorment des années. La logique est exactement inverse de celle du renouvellement permanent.

Dans une ville qui s'est beaucoup racontée par ses départs, la Maison Empereur raconte l'inverse : la permanence d'un lieu et d'un savoir.

Une salle de bal retrouvée

En 2012, la maison s'agrandit. Le chantier, confié à l'agence marseillaise MOA Architecture, porte sur huit cents mètres carrés : cinq cents remis aux normes, trois cents repris en mission complète. Sous les faux plafonds d'un immeuble du quartier, les architectes retrouvent une ancienne salle de bal du XIXe siècle, son sol d'origine et un grand escalier monumental. Tout est conservé. Les nouveaux rayons — arts de la table, vaisselle, jouets anciens — s'installent dans ce volume rendu à sa hauteur, pour un budget de deux cent quatre-vingt mille euros hors taxes. L'opération reçoit en 2013 le prix Commerce et Design de la chambre de commerce et d'industrie Marseille Provence.

Le détail dit beaucoup de la méthode. Plutôt que d'effacer le bâtiment pour y poser une boutique neutre, la maison a choisi de faire du décor le sujet : on vend des objets durables dans des pièces que l'on a jugées dignes d'être réparées, elles aussi. Le visiteur ne lit pas une scénographie de marque, il lit l'épaisseur d'un immeuble marseillais.

Habiter au-dessus de la boutique

En janvier 2017, Laurence Guez ouvre au deuxième étage un appartement d'hôtes de quatre-vingt-dix mètres carrés, dans l'ancien logement familial. On y trouve le mobilier de plusieurs générations, la batterie de cuisine en fonte, les portraits, les objets rapportés. « Ce deuxième étage vous invite à entrer dans l'intimité d'une famille », résumait alors la gérante. L'adresse est devenue, sans le dire, un petit musée habité du quotidien provençal : non pas une reconstitution, mais la maison telle qu'elle a servi. À la fin de l'année 2019, la ville de Marseille a remis sa médaille à l'enseigne.

L'ensemble — boutique, espace muséal, appartement — forme un objet commercial atypique en France : une maison de vente qui assume d'être aussi un lieu de mémoire matérielle, sans nostalgie ni reconstitution folklorique. Les clients y viennent pour un chausse-pied en corne, un couteau de Thiers ou une lessive de cendre ; les visiteurs, pour voir à quoi ressemblait l'équipement d'une maison avant l'obsolescence programmée.

Ce que l'objet durable dit d'une maison

Il y a, dans cette accumulation méthodique, une leçon d'habitation. Une cuisine équipée de cuivres et de fonte vieillit mieux qu'une cuisine équipée de garanties de deux ans. Un escalier dont on a gardé la pierre raconte quelque chose qu'aucun revêtement ne remplace. Le luxe, dans une maison provençale, tient rarement à la nouveauté : il tient à la qualité des matières, à la justesse des proportions et à la capacité d'un lieu à se laisser réparer plutôt que remplacer.

C'est le même critère, au fond, qui distingue une belle propriété d'un bien simplement neuf, et que les maisons que présente 1894 Property ont en commun : la durée inscrite dans la matière.

Sources : Wikipédia, Maison Empereur ; empereur.fr, L'histoire de Maison Empereur depuis 1827 ; Tourisme-Marseille, Maison Empereur, 1827, la plus vieille quincaillerie de France ; MOA Architecture, Extension de la Maison Empereur ; Office de tourisme de Marseille, Quincaillerie Empereur et Le quartier Noailles ; Le Grand Pastis, Un appartement d'hôtes signé Maison Empereur raconte 190 ans d'histoires.

— Photo : Mateo Krossler / Unsplash

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