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Rayol-Canadel : le jardin qui réunit les cinq Méditerranées

1 novembre 2026 — La rédaction 1894 Property

Rayol-Canadel : le jardin qui réunit les cinq Méditerranées

Sur la Corniche des Maures, un vallon descend vers la mer sans rupture, du maquis jusqu'aux galets. Au milieu de la pente, une pergola inspirée de l'antique, élevée en 1910, tient encore la perspective. Autour d'elle, sept hectares ouverts à la visite présentent ce qu'aucun jardin provençal n'avait tenté jusque-là : non pas une collection de plantes rares, mais une juxtaposition de paysages, ceux des régions du monde où il pleut en hiver et où il ne pleut pas en été. Le Domaine du Rayol, à Rayol-Canadel-sur-Mer, dans le Var, s'appelle pour cette raison le Jardin des Méditerranées, au pluriel.

Une villégiature devenue maquis

En 1908, Alfred Courmes acquiert une quarantaine d'hectares dans le vallon du Figuier. Il confie à Guillaume Tronchet, architecte officiel du gouvernement, les bâtiments de sa villégiature. La pergola suit en 1910, l'Hôtel de la Mer entre 1912 et 1919, la villa Rayolet en 1925 — cette dernière est aujourd'hui inscrite à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Courmes meurt en 1934.

En 1940, l'industriel de l'aéronautique Henry Potez s'installe dans la villa Rayolet et y transporte le siège de son entreprise ; l'architecte Raoul Minjoz donne alors au domaine une tournure Art déco. Le jardin, lui, prospère : un relevé de 1948 y recense près de quatre cents espèces exotiques. La Maison de la Plage s'élève en 1949 sur les fondations d'un ancien garage à bateaux.

Puis le domaine s'éteint. Potez vend en 1974, et la pente redevient maquis. Vingt ans de friche effacent la plus grande partie du jardin d'avant.

Ce que le Conservatoire a acheté en 1989

Dans les années 1960, une société civile immobilière avait projeté 284 appartements sur le site, dont certains à une quarantaine de mètres du rivage. L'opposition des riverains prend forme le 15 janvier 1980 avec la création de l'association des Amis du Rayol. En 1986, un gel sévère achève une partie des arbres. Avant même d'acheter, le Conservatoire du littoral demande à un paysagiste, Gilles Clément, de proposer un projet : un conseil interministériel l'approuve en décembre 1988. L'acquisition est signée en mars 1989, sur un terrain alors largement impénétrable.

La méthode est inverse de celle d'un jardin d'agrément. Les travaux de sécurité passent d'abord ; l'inventaire botanique du site est mené en 1989 et 1990 par François Macquart-Moulin, pour savoir ce qui a survécu avant de décider ce qui sera planté. L'Association du Domaine du Rayol gère les lieux depuis cette même année 1989, pour le compte du Conservatoire, propriétaire des vingt hectares.

Cinq climats, neuf paysages

Le climat méditerranéen n'appartient pas à la Méditerranée. On le retrouve sur la côte californienne, sur la côte chilienne, dans le sud-ouest de l'Afrique du Sud, dans le sud et le sud-ouest de l'Australie. Ces cinq fenêtres représentent environ 2 % des terres émergées et abritent 20 % des espèces végétales connues, dont plus de 26 000 endémiques. C'est le postulat du jardin, et son plan.

Le Rayol ne cherche donc pas à faire pousser l'improbable : il réunit des plantes qui vivent déjà sous le même régime de pluies, à six fuseaux horaires d'écart.

Les parcelles portent les noms de leurs formations végétales plutôt que ceux de leurs pays : le fynbos d'Afrique australe, le matorral chilien, le mallee et le kwongan australiens, le chaparral californien, et le maquis provençal qui tient lieu de référence locale. Quatre ensembles de climats voisins complètent la série — Amérique aride, Amérique subtropicale, Asie avec ses bambous, Nouvelle-Zélande avec ses fougères arborescentes.

La construction s'étale sur une décennie. Le jardin d'Afrique du Sud est planté de janvier à juin 1990. Un voyage au Chili a lieu en 1992 ; la même année, Gilles Clément bâtit lui-même la calade des protéas. Le secteur des Canaries s'ouvre en 1993, en même temps que s'achève la cascade asiatique, et il est repris en 1998. L'inventaire précède la plantation, le voyage précède le dessin : le Rayol est un jardin documenté avant d'être un jardin composé.

Le jardinier qui observe avant d'intervenir

Gilles Clément, Grand Prix du paysage en 1998, titulaire de la chaire annuelle de création artistique du Collège de France en 2011-2012, a donné à ce chantier le nom qu'il emploie depuis : le jardin en mouvement. L'idée est simple à énoncer et exigeante à tenir. Une plante qui s'installe seule n'est pas une erreur à corriger mais une proposition à examiner ; le jardinier observe d'abord, et n'intervient qu'ensuite, s'il le juge utile. Des plantes canariennes ont ainsi traversé un chemin pour venir au pied d'un cyprès, et la haie qui les séparait a fini par disparaître. La grande pergola, conservée, sert aujourd'hui de perspective vers la partie néo-zélandaise.

Huit jardiniers conduisent l'ensemble. Le paysagiste revient deux ou trois fois par an et l'équipe le consulte pour les décisions de fond. Un jardin ainsi mené ne se visite pas deux fois à l'identique : il n'a pas d'état achevé, seulement des états successifs, ce qui est la définition même de sa méthode.

Un onzième paysage sous l'eau

Le domaine descend jusqu'à la mer et ne s'y arrête pas. Le jardin marin, que la maison appelle son onzième paysage, se visite l'été palmes et masque aux pieds, à partir de huit ans, le long d'herbiers de posidonies signalés au large de la propriété. C'est la cohérence du lieu poussée jusqu'au bout : si le jardin est fait de milieux et non de parterres, il n'y a pas de raison de s'arrêter au trait de côte.

Le reste suit la même logique patrimoniale. L'Hôtel de la Mer a été restauré en 2022 et 2023 pour 1,7 million d'euros et accueille désormais les visiteurs ; la Maison de la Plage abrite une exposition consacrée au milieu marin ; la villa Rayolet, une exposition permanente. Le domaine, labellisé Jardin remarquable, reçoit environ 95 000 visiteurs par an et ouvre tous les jours à l'exception du 25 décembre.

Reste la leçon la plus utile à qui possède un terrain en Provence ou sur la Côte d'Azur. Le Rayol a été refait au moment où l'on commençait à mesurer ce que coûte un jardin contre son climat. Sa réponse n'a pas été de renoncer à l'exubérance, mais de la chercher ailleurs : chez des végétaux qui connaissent déjà les étés sans pluie, les sols pauvres et le vent salé. Les protéas, les aloès, les eucalyptus et les palmiers des Canaries y prospèrent parce qu'ils y sont chez eux, pas parce qu'on les y maintient. La beauté, ici, est un effet de l'exactitude.

C'est la même exactitude que l'on cherche dans les jardins des propriétés que présente 1894 Property, où le paysage compte autant que la maison.

Sources : Domaine du Rayol, Portrait du Domaine 2025 ; Domaine du Rayol, Parlons patrimoine — le renouveau du jardin par Gilles Clément (1988-2003) ; Conservatoire du littoral, fiche Domaine du Rayol (Var) ; Comité des Parcs et Jardins de France, fiche Domaine du Rayol, Jardin des Méditerranées ; Hortus Focus, Gilles Clément et le Jardin des Méditerranées.

— Photo : Chris Weiher / Unsplash

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